L'odeur du thé envahit la maison et réveille les endormis, en douceur. La chaleur a juré de ne plus nous quitté. La rue au dehors vit comme jamais en ce petit matin. Puis l'adhan résonne dans les maisons, et les gens se prèssent autour des salles de bain. Ces mots, répétés par le muedhin, ont une autre couleur, un autre sens ici. Une autre dimension.
Au chevet de mon grand père, je me rends compte à quel point l'homme est faible dans ce monde. A mesure que je vois la vigueur le quitter, ses mots se faisant plus rares, moins forts, je me rends compte à quel point je suis insignifiante. Je sais qu'il ne me voit plus très bien. Il ne peut pas voir ce que je suis devenue, ce que les années ont transformé sur mon visage. Pourtant j'aimerais tant. Je voudrais qu'il puisse être fier. Il ne peut que voir que je suis là, que je souris. Il ne peut que se souvenir, imaginer.
Sur le pas de la porte, la rue continue à vivre. L'agitation, atténuée par la chaleur l'après-midi, reprend de plus belle une fois que le Soleil commence à disparaître. Un gamin de 11 ans se met à siffloter, me dévisageant, en attendant d'être plus grand pour pouvoir aller plus loin. C'est ça aussi. Des dizaines d'épiceries approvisionnent les habitants du quartier. Le ronronnement des motocyclettes va en s'amplifiant au cours de la soirée.
Une autre dimension.
Imane